La chromatographie sur couche mince est la plus simple des méthodes
chromatographiques. Elle consiste à placer sur une feuille (papier, silice ou autre, voir
plus loin) une tache et de la laisser éluer en la trempant dans un solvant ou un mélange
de solvant (appelé éluant), léluant diffuse le long du support. La tache
migre sur la feuille plus ou moins vite selon la nature des interactions qu'elle subit de
la part du support et de l'éluant.


1. Principe de la chromatographie
La CCM est basée sur une interaction de type électrostatique / liaison hydrogène. Le
principe du "qui se ressemble s'assemble", souvent rencontré en chimie permet
encore d'expliquer ici la nature des phénomènes impliqués.
- Considérons dans un premier temps un support indifférent (ce qui n'est pas le cas !).
Dans la goutte, sont présents plusieurs composés dont certains sont polaires (P),
d'autre moins, ou apolaires (A). Si l'éluant choisi est polaire, il fera migrer plus
facilement le composé P, ayant plus de facilité à l'emmener dans la phase mobile.
On voit par cet exemple que la polarité de l'éluant tiens un rôle décisif lors de
la migration des composés.
- Considérons maintenant que la CCM est indifférente à l'éluant (!). Si seul le
support compte, tout dépend de la nature des interactions entre les molécules du
mélange et celles composant le support. Il s'agit généralement d'interactions de type
liaison hydrogène. Supposons un support donneur d'hydrogène (D). Si dans le mélange se
trouve des composés accepteur d'hydrogène (A), et d'autre indifférents (I), migreront
plus facilement les composés indifférents aux liaisons hydrogènes.
La situation est souvent bien plus complexe que celle décrite dans les deux exemples
précédents. Il n'existe donc pas de théorie pour la CCM permettant de choisir le bon
éluant (c'est lui le plus dur à trouver !), le support étant généralement de la
silice.
2. Choix des conditions opératoires
2.1. Choix du support
1l en existe trois principaux : silice, alumine et cellulose. Les supports sont
généralement montés sur une plaque d'aluminium. Certaines plaques possèdent un
colorant incolore en lumière naturelle mais de couleur verte en UV (ZnS absorbant à 256
nm).
Voici comment orienter son choix :
- Silice : c'est le support le plus courant. Il est conseillé de toujours commencer par
celui-là.
- Alumine : on l'utilise généralement pour les composés à caractère basique.
- Cellulose : on l'utilise pour les composés fortement polaires, comme les sucres ou les
acides aminés.
2.2. Choix de l'éluant
Le choix de l'éluant est essentiel. Il n'est pas toujours fourni avec le mode
opératoire et il est important de savoir le choisir. L'éluant est souvent un savant
mélange de plusieurs (2 ou 3) solvants dans des proportions bien établies.
On a vu que le choix dépendait de la polarité. Voici le classement des principaux
solvants par caractère polaire croissant.
- Ether de pétrole
- Cyclohexane
- Tétrachlorure de carbone
- Benzène
- Toluène
- Dichlorométhane
- Ether diéthylique
- Chloroforme
- Acétate d'éthyle
- Pyridine
- Acétone
- Ethanol
- Méthanol
- Eau
- Acide acétique
|
Solvants
apolaires
¯
Caractère
polaire
croissant
¯
Solvants
polaires |
Pour pouvoir comparer, voici à titre indicatif la polarité
relative des principales familles de molécules organiques, par ordre croissant de
polarité.
- Alcanes
- Dérivés halogénés
- Cétones, aldéhydes, éthers et esters
- Amides
- Amines
- Alcools
- Phénols
- Acide carboxyliques
|
Familles de
molécules
apolaires
¯
Caractère
polaire
croissant
¯
Familles de
molécules
polaires |
2.3. Que faire quand on a aucune information pour réaliser la CCM ?
1. Le support à choisir est la silice.
2. Pour l'éluant, tester avec un mélange d'éther de pétrole (apolaire) et
d'acétate d'éthyle (polaire) dans des proportions variées comme 100-0, 75-25, 50-50,
25-75, etc. Affiner ensuite avec un solvant plus polaire si nécessaire (acide acétique).
3. Réalisation d'une CCM
La CCM se déroule en trois étapes : préparation de la cuve, préparation de la
plaque, et élution.
3.1. Préparation de la cuve
Un cuve de chromatographie se compose de
la cuve et d'un couvercle. Le couvercle sert d'une part à éviter l'évaporation du
solvant mais surtout à réaliser la CCM en atmosphère saturée (pression de vapeur
saturante du solvant), de façon à avoir des valeurs reproductibles.
- Préparer l'éluant en respectant les proportions du mode opératoire.
- En placer 5 mm dans le fond de la cuve puis fermer le couvercle.
- Éventuellement placer un papier filtre verticalement dans la cuve de façon à saturer
l'atmosphère en vapeur de solvant.
3.2. Préparation de la plaque
Prenons l'exemple d'une plaque sur laquelle 4 taches sont à disposer.
- Découper une plaque aux dimensions raisonnables 8 cm ´ 5
cm.
- Tracer au crayon un trait à 1 cm du bas de la plaque.
- Sur ce trait tracer 4 petits points à 1 cm de distance où seront déposés les taches.
- Déposer à l'aide d'une micropipette (ou pipette Pasteur) les solutions sur chaque
point, ou à l'aide d'un capillaire fabriqué in situ avec en tube en verre.
Attention : les gouttes doivent être les plus petites possibles.
Attention : ne jamais toucher la plaque avec les doigts, surtout lors de la CCM
dacides a -aminés, mettre de gants.
Remarque : si la solution est trop diluée, mettre plusieurs gouttes au
même point en prenant garde de laisser sécher entre chaque goutte. Remarque : si la solution est trop diluée, mettre plusieurs gouttes au
même point en prenant garde de laisser sécher entre chaque goutte.
3.3. Elution
- Placer la plaque dans la cuve, fermer et laisser l'éluant diffuser.
- Arrêter la CCM lorsque le front d'éluant est arrivé à 1 cm du haut de la plaque
(cette opération prend 15 min, mais dépend du support et de léluant).
- Sortir la plaque et tracer au crayon le front de l'éluant.
- Sécher la plaque au pistolet ou à la chaleur dune plaque chauffante.
4. Révélation
Certains composés sont colorés : il n'est pas nécessaire de les révéler. La
plupart sont incolores. Voici quelques méthodes utilisées pour révéler les plaques.
4.1. Révélation UV
- Si la plaque est fluorescente, sous une lampe UV, toute la plaque apparaît verte sauf
là où sont les taches que l'on entoure au crayon.
- Les dérivés aromatiques absorbent dans l'UV. Placer la plaque sous une lampe UV et
entourer les taches colorés.
4.2. Révélation à l'iode
Beaucoup de composés organiques forment des taches jaune-marron en présence d'iode.
Dans un flacon, placer la plaque et quelques cristaux d'iodes, puis boucher. Les taches
apparaissent.
4.3. Révélation par atomisation
Cette technique utilise un atomiseur contenant le révélateur en solution. Selon le
produit à révéler, la solution peut-être :
- Ninhydrine pour les acides a -aminés (taches violettes qui
brunissent pour disparaître en quelques jours)
- Acide sulfurique à 50% pour à peu près tout (taches noires).
- On utilise aussi des mélanges complexes d'oxyde de molybdène en présence de sulfate
de cérium.
Précaution. Lorsque l'on pulvérise le révélateur sur la plaque, se
placer à 20 cm de la plaque et éviter toute formation de gouttelettes. Le révélateur
doit-être appliqué en plusieurs pulvérisations.
5. Calculs et interprétation
La position finale da la tache (ou spot) est caractéristique de la
molécule. On lui
attribue une valeur, le Rf de Retention factor en anglais qui a été fort
habilement traduit comme Rapport frontal. Ce Rf est le rapport de la
distance parcourue par le composé divisé par la distance parcourue par léluant.
| Front de solvant |
| |
|
|
(Spot) · |
| b |
|
|
a |
| ¯ |
¯ |
| Ligne de départ |
Le Rf vaut : Rf = a / b
Le Rf est caractéristique dune molécule pour un éluant et un support donnés.
Cette valeur servira dauthentique lors de CCM didentifications.
6. CCM à deux dimensions
Cette technique est souvent utilisée dans le cas de l'hydrolyse d'une protéine. Le
mélange à séparer contient un grand nombre de composés que l'on veut séparer. Ici,
une seule tache doit révéler le maximum d'information.
- Dans un angle de la plaque, on réalise la tache.
- On laisse éluer dans un premier éluant.
- On tourne la plaque de 90° et on l'élue dans un deuxième éluant.
On obtient alors une cartographie de la protéine.
Bibliographie
- Bounias 1983 - L'analyse biochimique quantitative par
nanochromatographie en couche mince - Masson.
Bibliographie expérimentale
- Levine S.G. 1990 - Identification of Unknows by Melting Point and
Thin-Layer Chromatography in Combination - J. Chem. Ed., 67, p. 972.
- CCM de
mélanges d'acides aminés.