De même que la philosophie, la science (dans le sens
de la discipline qui observe la nature et l'étudie par la logique) est née en Grèce.
Ses origines peuvent être controversées. Certains diront que l'héritage de Thalès
forme la base de la théorie des éléments premiers de la nature, d'autres tiendront
Leucippe de Milet et Démocrite comme les fondateurs de l'atomisme, et tout le monde sera
d'accord pour dire qu'Aristote fut le premier vrai logicien sans être pour autant le
premier scientifique. Mais il s'agit ici d'un débat sans intérêt majeur.
Naissance de l'activité scientifique
La science est née de l'observation de la nature. Elle est apparue pour la
première fois en Mésopotamie, au coeur des civilisations sumériennes et babyloniennes,
à la même époque que l'invention de l'écriture, les fameuses tablettes gravées en
écriture cunéiforme. Par la suite, elle se développera chez les égyptiens, mais par
tradition, les historiens font remonter la naissance de la science au sens de discipline
logique avec la philosophie de la nature, développée par les grecs à partir du VIème
siècle av. J.-C.
La philosophie de la nature
Il faut bien dire que les grecs n'ont fait ni de la physique, ni de la chimie
proprement dites. Ils ont développé les techniques de logique qui servent de base aux
discours scientifiques. Tout le monde s'accorde pour dire que l'histoire de la science
commence en Grèce, en Ionie, à Milet.
C'est vers 600 av. J.-C. que Thalès, reprenant les textes d'Hésiode et
d'Homère, va poser les premières pierres d'une conceptualisation du monde, aujourd'hui
vue comme farfelue, qui va tout de même vivre pas loin de 2500 ans. En se basant sur
l'observation de la nature, il postule que celle ci est composée d'objets, de corps,
d'êtres vivants, mais que tout peut être ramené à quatre éléments premiers :
l'eau, la terre, l'air et le feu, mais surtout il impose l'eau
comme élément premier. Parmi les contemporains et les disciples qui succédèrent à
Thalès, différentes théories s'échafaudèrent pour se compléter, se décrier, se
rejeter. Tour à tour, c'est le feu, la terre et l'air qui succéderont à l'eau comme
élément premier, aussi bien que d'autres entités plus complexes comme l'apeiron d'Anaximène.
Comme ces quatre éléments ne suffisaient pas, Empédocle et Héraclite
proposèrent d'ajouter le concept des oppositions qui apparaît à la même époque en
Chine sous la forme du Yin et du Yang, les symboles opposés et complémentaires. Il
était temps de faire table rase et d'ordonner un peu ce qui à défaut d'univers
organisé se métamorphosait en des théories du capharnaüm. C'est ce que
commença Platon
et que viendra refaire Aristote, à sa
façon.
L'atomisme antique
C'est Leucippe de Milet et Démocrite
qui posèrent les premières pierres de l'atomisme. Cette théorie qui disparaîtra et
réapparaîtra de nombreuses fois dans l'histoire de la science est aujourd'hui la base
même de notre description et de notre conceptualisation du monde microscopique. Il peut
nous sembler extraordinaire que les philosophes antiques aient pu construire une théorie
aussi poussée que l'atomisme alors qu'ils ne possédaient aucune information précise sur
la matière, autre que l'observation de la nature.
L'idée sur laquelle se base l'atomisme est que la matière ne peut être solide que
si les particules qui la composent sont dures. Ceci exclut donc une approche
"infiniste" selon laquelle la matière serait un emboîtement de particules et
de sous-particules, à l'infini.
Selon Démocrite, la matière est faite d'atomes en nombre très grand mais fini.
Ces atomes sont fait de substance homogène, ils sont indestructibles et insécables, qui
ne diffèrent que par leur forme, la nature de leur mouvement et leur taille relative.
Leur nom vient de leur propriété d'insécabilité, puisque étymologiquement, le mot
atome (atomos en grec), signifie indivisible ou insécable.
Dans l'antiquité, la théorie atomiste, réfutée ou adoptée selon les écoles,
à été reprise par Epicure (341-270 av. J.-C.) puis plus tard par Lucrèce (98-55 av.
J.-C.) qui en parlera longuement dans "De natura rerum".
Laissée de côté pendant plus d'un millénaire, c'est à la fin du moyen âge
que Pierre Gassendi relance la théorie, mais tout ne reste que purement évasif,
sans possibilité de justification autre que religieuse. Ce sera ensuite au tour de Boyle, Newton, et d'autres de se baser sur
l'hypothèse atomique, sans plus de succès.

Le développement de la chimie expérimentale, et notamment à la suite des
travaux de l'école anglaise que la théorie atomiste revit le jour mais cette fois ci
justifiée. Nous sommes en 1800 et c'est John
Dalton qui relance l'éternel débat. Après de nombreuses discussions, ayant
davantage un caractère philosophique que scientifique, une partie des chimistes dont
l'allemand August Kékulé ou Adolphe Würtz acceptèrent la théorie
à partir de 1860, à la suite du célèbre congrès de Karlsruhe. Pour certains
chimistes, comme Marcelin Berthelot ou
Wilhelm Ostwald, il faudra attendre
le début du XXème siècle pour qu'ils admettent quelque fois malgré eux la théorie
atomiste, bien que celle ci fut validée expérimentalement, dès la fin du XIXème
siècle par Jean Perrin.