Victor Grignard
1871-1935
Victor Grignard, prix Nobel à 41
ans, fait partie des grands chimistes français qui ont laissé leur nom dans
l'histoire. C'est en effet le seul qui figure dans tous les ouvrages de chimie organique,
pour avoir mis au point les organomagnésiens, une classe de molécules particulièrement
utilisées en synthèse organique.
Sa vie (Cherbourg, 16 mai 1871 - Lyon,
13 décembre 1935)
Victor Grignard est né en 1871 à Cherbourg, dans une famille modeste, le père est
ouvrier à l'Arsenal. Il est boursier du lycée de Cherbourg et à la vue de ses
capacités, son proviseur fait les démarches pour lui obtenir une bourse qui lui aurait
permis de continuer ses études dans un grand lycée parisien et de préparer par la suite
l'école normale supérieure. Le jeune Victor tombe la mauvaise année : c'est pour Paris
la préparation de l'exposition universelle de 1889 qui verra la naissance de la tour
Eiffel. Les bourses destinées aux provinciaux sont suspendues pendant cette période.
Grignard reste donc à Cherbourg et intègre finalement l'école normale spéciale de Cluny
créée par Victor Duruy. Nouveau manque de chance puisqu'une réforme de 1891 du
ministère de l'instruction publique, fait fermer l'école de Cluny. Grignard est tout de
même autorisé à terminer ses études à Lyon. Il y prépare une licence de
mathématiques qu'il ne parvient pas à décrocher la première fois. Il la terminera
après son service national (1892-1893), qu'il quittera avec le grade de caporal.
En 1894, il prépare une licence de sciences-physiques à la faculté des sciences de
Lyon. Il obtient un modeste poste de préparateur dans le laboratoire de chimie de
Philippe Barbier, personnage imposant et autoritaire. Barbier était un des précurseur à
utiliser les organométalliques comme composés particulièrement réactifs, tels les
organozinciques voire les organomagnésiens.
C'est dans ce laboratoire que Grignard va mettre au point les organomagnésiens. Il
publiera d'ailleurs en 1900, un article dans les comptes rendus de l'académie des
sciences : " Sur quelques nouvelles combinaisons organométalliques du magnésium
et leur application à la synthèse d'alcools et d'hydrocarbures ". On
dénombrera en 1906 près de 350 publications faisant référence aux réactifs de
Grignard, et près de 700 en 1910, ce qui reste important encore aujourd'hui mais qui
était énorme pour l'époque. En 1901, il présente une thèse remarquée sur les
organomixtes. Il travaille un temps à la faculté des sciences de Besançon mais
reviendra à Lyon comme maître de conférence.
Les tensions avec Barbier que l'âge n'améliore pas lui font accepter sans
hésitations un poste à Nancy. De 1909 à 1919, il occupera la chaire de chimie organique
de l'institut chimique de Nancy. Durant cette période, malgré une grande activité de
chercheur, il participera à de nombreux congrès dont ceux de Genève et de Liège sur la
mise au point des nomenclatures de chimie organique.
En 1912, c'est la consécration, il obtient le prix Nobel qu'il partage avec Paul
Sabatier de Toulouse. Grignard est récompensé pour ses travaux sur les organomagnésiens
tandis que Sabatier l'obtient pour ses recherches sur la catalyse hétérogène, plus
précisément sur l'hydrogénation des composés organiques en présence de métaux
finement divisés.
Participant au congrès des sociétés savantes du Havre à la fin du mois de juillet
1914, Grignard avait décidé d'en profiter pour passer ses vacances dans sa Normandie
natale. La première guerre mondiale se déclare le 28 juillet 1914, et voilà Grignard
rejoignant Cherbourg le 2 août pour être mobilisé. Les effectifs de la région étant
complets, on l'affecte à la garde des voies de chemin de fer d'une petite gare du
Cotentin. Un officier en attente d'une correspondance fut surpris de constater qu'un chef
de gare portait le ruban rouge de la légion d'honneur. Sans le faire remarquer à
l'intéressé, il en parla aux supérieurs du garde-barrière, pensant que celui-ci
usurpait la décoration. Renseignement pris, il s'agissait bien d'une vraie légion
d'honneur, d'ailleurs décernée à l'institut chimique de Nancy, le 8 février 1913, lors
d'une grande fête organisée pour récompenser le Nobel. Grignard se voit alors
réquisitionné pour travailler pour l'armée, alors que le conflit s'éternisait et qu'il
fallait améliorer les techniques de production d'explosifs. Grignard reparti donc pour
Nancy où en très peu de temps, il proposa l'emploi du craquage catalytique des fractions
lourdes de benzols pour augmenter la production de toluène nécessaire à la fabrication
du TNT.
En juillet 1915, faisant appel à ses talents de chimistes, la direction du matériel
chimique de guerre lui demande de mettre sur pied un laboratoire d'analyse des gaz
asphyxiants.
En 1917, il fera partie de la mission Tardieu de huit mois aux Etats-Unis qui aura en
charge de travailler sur les armes de guerre. Pour l'anecdote, Grignard n'était encore
que caporal, et pour éviter les sarcasmes, les autorités militaires l'autorisèrent à
porter, pour aller aux Etats-Unis, l'uniforme de capitaine.
Libéré en février 1919, il est invité à remplacer Barbier à la direction de
l'école de chimie de Lyon et continuera ses recherches malgré les nombreuses charges qui
lui incombèrent.
Il décède en 1935, à Lyon.
Récompenses
Victor Grignard reçu en le prix Cahours en 1901 et 1902, en 1906 le prix Berthelot et
le prix Jecker. Pour couronner le tout, il est récompensé en 1912 par le prix Nobel de
chimie partagé avec Paul Sabatier.
Son travail de chimiste
Grignard est un des rare nom de chimiste français qui soit resté dans la chimie
organique. Tous les étudiants le connaissent pour être l'inventeur des synthèses
magnésiennes grâces aux organomagnésiens, que les anglo-saxons appellent "the
Grignard reagent", le réactif de Grignard. Pour davantage de détails, nous
renvoyons au cours de chimie organique sur les organomagnésiens.
Bibliographie
- Bram G., Peralez E., Négrel J.-C. et Chanon M. - Victor Grignard et la
naissance de son réactif - C. R. Acad. Sci. Paris, 1997 (II.b., 325)
p. 235-240.
- Courtot C. - Notice sur la vie et les travaux de V. Grignard
(1871-1935) - Bull. Soc. Chim. Fr., 1936 (5),
p.1433-1472.
- Nye M.J. - Science in the Province - University of Calfornia Press, 1986,
p. 154-194.
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